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la cote 70
15-25 août 1917
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Le soldat Robert Lawrenson

Photo : à l’extrême droite en avant, au lit à l’Hôpital St. Thomas, Lambeth Palace Road, Londres, 1917. 
 
Soumis par Heather Young :
 
« Douzième enfant de James et Nancy Lawrenson, mon grand-père Robert fut né le 27 novembre 1898 à Prescot, Lancashire, en Angleterre. En 1912, James et Nancy émigrèrent à Galt (aujourd’hui Cambridge) en Ontario, avec Henry Claude, grand frère à Robert. Le fils ainé de la famille, Thomas, avait émigré six and plus tôt, suivi par son frère Samuel en 1907. La famille allait alors joindre deux fils lointains au Canada. Les Lawrenson arrivèrent à Québec le 5 juillet 1912, point de départ pour leur nouveau domicile à Galt.
 
Le 7 août 1915, Robert se présenta au 34ème Bataillon du 29ème Régiment du Corps expéditionnaire canadien. Bien qu’il n’eût que seize ans, il déclara la date de naissance de 1896. D’après la tradition familiale moderne, Robert réussit apparemment à voler l’identité d’un frère aîné pour s’enrôler. Robert fit sa formation militaire à London, en Ontario et embarqua vers l’Angleterre le 23 octobre 1915. Il y atterrit le premier novembre.
 
En Angleterre, le 34ème Bataillon fut posté au Camp militaire de Bramshott, bivouac temporaire installé sur la lande de Bramshott Common, à Hampshire. Le 3 février, 1916, Robert fut transféré au 12ème Bataillon de réserve du CEC à Shorncliffe, à Kent. Il fut ensuite transféré à la First Brigade Signal Company (compagnie de transmissions de la 1ère Brigade) et finalement au Corps canadien de mitrailleur, le 23 juin 1916, à Shorncliffe.
 
Le 5 juillet 1916, Robert fut transféré de nouveau, cette fois au 13ème Bataillon des Royals Highlanders du Canada; il arriva en France le lendemain. Il se présenta à sa nouvelle unité le 14 juillet, à l’âge de 17.
 
Robert participa dans les batailles d’Ypres, de la Somme, de la Crête de Vimy, de Cote 70, de la ferme de Mouquet, de Courcelette et de la Tranchée Regina. La bataille de Cote 70 fut sa dernière bataille, le 15 août 1917. N’ayant que 18 ans, Robert fut sévèrement blessé dans les bras, les jambes et les fesses et se retrouva à l’hôpital en France jusqu’à son invalidation à l’Angleterre le 2 septembre, 1917, où l’on opéra sur sa cuisse au n.5 London General Hospital, à Lambeth. Robert fut transféré d’hôpital en hôpital pendant les deux années suivantes, passant des opérations sur ses jambes et son avant-bras. 
 
Robert fut finalement exempté du service militaire le 6 juin 1918 et quitta l’Angleterre vers le Canada, à bord du navire-hôpital Llandovery Castle. Par après, durant le trajet de retour vers l’Angleterre, le bateau fut torpillé et coula; la perte des trente infirmières qui l’avaient accompagné lors de son dernier voyage l’affecterait pour le reste de ses jours. 
 
Au Canada, après six mois additionnels en soin médical à Guelph et puis à London, en Ontario, Robert fut libéré de l’armée en tant qu’inapte pour le service militaire. Robert épousa Annie McLellan le 29 décembre 1920, à Galt. Le couple déménagea à Windsor en 1922, où Robert fut embauché comme facteur par Postes Canada. Il prit sa retraite en 1960 et décéda le 2 décembre 1995, à l’âge de 97. 
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Durant sa vie, c’était rare que mon grand-père discute de ses expériences de guerre. Une des occasions spéciales a été durant son interview avec Radio Canada en mars 1991. Paul Vasey, l’animateur, lui a demandé ce qu’il avait ressenti lorsqu’il avait été dans les tranchées en France. Mon grand-père a dit : « J’avais une peur bleue…je me demandais pourquoi je m’étais enrôlé…que j’aurais dû rester à la maison avec maman! »
 
Ensuite il a décrit comment il avait été blessé à Cote 70. Quand la bataille a commencé, Robert avait déjà passé 14 mois en France. Il était confident qu’il pourrait éviter de se faire frapper. Il avait été supposé « go over the top », c’est-à-dire, sortir de sa tranchée pour charger l’ennemi, dans la troisième vague d’attaque, le matin du 15 août. Mais il s’était dit « Merde, ayant déjà reçu deux vagues avant la troisième, l’artillerie allemande aura sans-doute eu le temps nécessaire pour fixer la mienne… » Alors il s’était décidé de partir avec la première vague. « Tout ce que je voyais était un officier à ma gauche et un autre bonhomme à la droite…où sont passés tous les autres? Mais j’ai réalisé que nous avons viré à gauche et que nous sommes devenus mêlés dans le front du 15ème Bataillon à côté…soudainement je ne trouve plus personne et j’entends un sifflement dans l’air. J’évite de heurter un Allemand venant de l’autre bord; celui-ci lance deux grenades qui atterrissent toutes les deux entre mes jambes… Le premier à me soigner était un brancarder du 15ème Bataillon. Il m’a demandé comment j’avais fait pour me retrouver dans leurs lignes. Je me suis élancé de ma tranchée, tout simplement. Il m’a dit : « Eh bien, on peut t’aider… »
 
« J’ai eu des blessures dans les deux jambes, les bras, les deux fesses et mon pied…en avant et en arrière…j’ai dû perdre assez de sang…quand le brancardier est arrivé, je voulais une cigarette pour me calmer, mais j’étais devenu si faible que je ne pouvais l’allumer… »
 
L’animateur a demandé à mon grand-père ce qui l’avait passé par la tête dans les heures qu’il avait passé dans le No Man’s Land, incapable de bouger. « Honnêtement, je me suis dit “Merci Bon Dieu, de m’en avoir sorti vivant, bien que blessé, mais merci tout de même” » Et il a ricané.
 
Quand j’étais petite, je me souviens d’avoir vu ses jambes, avec les creuses cicatrices causées par le shrapnel. Dans les quarante ans depuis la guerre, les morceaux de shrapnel n’ont jamais cessé de monter à la surface de sa peau. S’il souffrait, il ne l’a jamais indiqué. Je pense qu’un de ses plus grands regrets était le fait qu’il ne pouvait plus jouer au soccer comme auparavant. Grand-père est resté de bonne forme mentalement et physiquement jusqu’à sa mort. Nous avions tous hâte de célébrer son centième anniversaire lorsqu’il est décédé soudainement, mais paisiblement.  
 
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